16 novembre 2017

Il faut enrayer d'urgence le déclin de notre industrie

Les hommes politiques prétendent agir au nom de l'intérêt général dont ils se présentent comme les seuls gardiens. Cette affirmation est intemporelle. De ce seul fait, elle ne résiste pas à l'examen. En effet, la vie démocratique est rythmée par des élections. L'horizon de ceux qui détiennent le pouvoir ou visent à le conquérir est borné par la date de l'élection présidentielle suivante. L'adoption du quinquennat a raccourci ce calendrier. Or la recherche de l'intérêt général doit s'inscrire dans le temps. Sans mettre en cause la sincérité de nos dirigeants, on peut penser qu'ils se soumettent (et nous avec) à une surpondération du court terme. Leur vision de l'intérêt général ne correspond généralement pas à l'optimum à long terme pour la société : cela est vrai dans de nombreux domaines, mais particulièrement en matière économique.Le niveau élevé du chômage est l'un des problèmes français les plus aigus. Le sous-emploi frappe particulièrement les travailleurs non qualifiés, deux fois plus que la moyenne et trois fois plus que ceux qui ont mené à bien des études supérieures. D'où l'action entreprise depuis plusieurs années par les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, et poursuivie encore aujourd'hui.
Cause profonde

Considérée comme urgente, la politique adoptée est cohérente et, à court terme, plutôt efficace : depuis 2015, l'emploi salarié marchand croît de manière significative. Elle consiste à favoriser l'embauche des personnels concernés en réduisant leur coût pour l'employeur. D'où les réductions successives des charges sociales supportées par les entreprises, puis finalement l'adoption du CICE.Cependant, les mesures adoptées sont concentrées sur les salaires du bas de l'échelle, ce qui est conforme à l'objectif visé. Le CICE est limité aux salaires inférieurs à 2,6 fois le SMIC et cette approche va être bientôt renforcée par la disparition totale des charges sociales résiduelles (4 points) supportés par les employeurs au niveau du SMIC.


Garrot

Quel est l'effet de ce dispositif sur notre appareil productif ? Le taux effectif des cotisations patronales va monter progressivement de 0 à 33 % des salaires entre1 fois et 1,5 fois le SMIC, rester à ce même niveau en pourcentage jusqu'à 2,5 fois le SMIC, pour sauter brutalement à 45 % au-delà. Ce faisant, on ne résout en rien les problèmes de long terme de notre économie. En effet, on se préoccupe de lutter contre ce qui est immédiatement visible (le chômage des non-qualifiés) en ignorant la cause profonde, structurelle de nos difficultés à attendre le plein-emploi, soit notre perte de compétitivité dans une économie mondialisée. On a posé un garrot sur l'hémorragie la plus apparente, sans se préoccuper des raisons profondes du mal. Le CICE n'est pas calibré assez haut en termes de salaires pour permettre de diminuer les charges de notre appareil industriel.

Dégradation du solde industriel

Depuis le début des années 2000, notre balance commerciale n'arrête pas de se dégrader et le mouvement se poursuit. La part de marché des exportations françaises dans le total des exportations de la zone euro s'est effondrée, de 17 % en 1998 à moins de 12 % aujourd'hui. Les échanges extérieurs étant constitués à près de 70 % de biens industriels, on ne s'étonnera pas de constater que notre solde industriel s'est continûment détérioré, d'une situation encore positive en 2003 (20 milliards d'euros) à un lourd déficit (60 milliards d'euros) en 2017 : plus de quatre points de PIB perdus en quatorze ans. De ce fait,  la part de l'industrie dans le PIB français est passée, de manière quasiment homothétique de 16 % en 2000 à 12,5 % aujourd'hui. Parallèlement, l'emploi industriel a chuté sur la même période de 4 à 3 millions de salariés. La production manufacturière actuelle n'a pas encore retrouvé son niveau d'avant la crise de 2007.

Qu'importe l'industrie, s'offusquent les esprits forts. L'avenir est aux services. Nous n'avons pas de pétrole, nous n'avons bientôt plus d'industrie, mais nous avons des idées. C'est oublier que l'intelligence est mondialement beaucoup plus facilement déployable que le capital. Nos centres de recherche en intelligence artificielle, en conception de robots, ne sont plus en France mais à Bangalore. La moitié des effectifs mondiaux de CAP GEMINI sont en Inde. Et notre balance des services est en train, avec quelques années de décalage, de suivre le mauvais exemple de celle des biens industriels. Excédentaire de 25 milliards en 2012, elle est tombée à zéro en 2016.

Le déficit des services de transport, apparu à partir de 2013, est de l'ordre de 4 milliards par an. Plus grave encore, les autres services aux entreprises sont également devenus déficitaires avec un chiffre du même ordre de grandeur, l'ensemble étant sauvé par le seul tourisme.

Perte de compétitivité

Dans cette perte dramatique de compétitivité réside l'origine profonde, structurelle du chômage français. En ne s'intéressant qu'aux secteurs protégés (hôtellerie-restauration, aide à la personne...) et à la partie non qualifiée de  la main-d'oeuvre, le pouvoir politique, à partir d'intentions louables, se trompe de diagnostic et commet une erreur majeure : il oublie d'attaquer le coeur du problème, dont tout le reste découle.

La démarche est simple à décrire, plus difficile à réaliser. Il faut absolument changer de pied et entamer un dialogue refondateur avec les employeurs des secteurs de l'industrie et des services aux entreprises, de façon à voir comment alléger leurs charges, améliorer leur compétitivité et obtenir d'eux les efforts indispensables d'innovation, de modernisation et d'investissement. Cela prendra du temps. Raison de plus pour commencer immédiatement.

Retrouvez cet article sur le site "www.lesechos.fr" et ici en téléchargement 

Partager cette page :

Demandez votre badge

Le formulaire de demande de badge sera accessible à partir de mi-novembre, pour être averti dès l’ouverture, renseignez les informations ci-dessous

20 novembre 2017

La France veut entraîner l’Europe dans la course à l’intelligence artificielle

Si la France n’a pas pris la tête de la révolution numérique, elle a les atouts pour devenir un leader de l’intelligence artificielle en associant ses partenaires européens, selon le ministre de l’économie Bruno Le Maire.
Lire la suite
20 novembre 2017

La France veut entraîner l’Europe dans la course à l’intelligence artificielle

Si la France n’a pas pris la tête de la révolution numérique, elle a les atouts pour devenir un leader de l’intelligence artificielle en associant ses partenaires européens, selon le ministre de l’économie Bruno Le Maire.
Lire la suite

© 2017 tous droits réservés. Mentions légales